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7
Nov

La France, morte ? Il y a peu de pays où il se passe tant de choses

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Pour Xavier Niel, le fondateur de Free, la France regorge de Bill Gates en puissance. Il revient sur les raisons de son investissement dans la halle Freyssinet à Paris qui accueillera un millier de start-up.

Ce sera la plus grosse pépinière de start-up au monde. Xavier Niel, patron d’Iliad, la maison mère de Free, a lancé hier, en présence de François Hollande, les travaux de rénovation de la halle Freyssinet, dans le XII e arrondissement de Paris. Un projet dans lequel il va investir « environ 200 M€ », la Caisse des dépôts participant entre 5 % et 10 %. 30 000 m2 de locaux seront réaménagés par l’architecte Jean-Michel Wilmotte.

– Comment vous est venue l’idée de cet endroit qui accueillera 1 000 start-up ?
– Xavier Niel : Depuis longtemps je cherchais un endroit à Paris pour créer un gros incubateur (NDLR : une structure d’accompagnement de jeunes sociétés) de start-up. Quand je voyage, je m’aperçois que dans le monde entier, dans les entreprises de nouvelles technologies, vous avez toujours des Français. On les forme bien, ils sont géniaux, font des trucs fantastiques, sont réputés dans le monde entier… La Silicon Valley les fait rêver, mais c’est le pire endroit du monde pour créer son entreprise : la concurrence y est terrible. Il y a des incubateurs en France qui marchent bien, mais il fallait un lieu emblématique. C’est pour cela que nous avons choisi cet ancien bâtiment de la SNCF qui accueillera le plus gros incubateur du monde.

– Combien de temps faudra-t-il pour en voir sortir les pépites de demain ?
– Ça va très vite ! Regardez Google, qui n’a que 15 ans ! L’application Snapchat (NDLR : elle permet de partager entre téléphones) vaut 10 Mds$ alors qu’elle n’a que 2 ans et demi ! Ici, nous allons faire venir entre 3 000 et 3 500 jeunes. On leur fournira tout ce dont ils ont besoin pour créer, faire vivre et voir grandir leur entreprise : bureau de poste, dépôt des brevets, etc. Ce sera un QG d’inventeurs qui permettra de passer de l’idée au prototype, avec des outils lasers, des imprimantes 3D… Les loyers seront bas et tiendront compte de ceux pratiqués par les autres incubateurs parisiens. Comptabilité, gestion, banques… Tout sera disponible ici ou à proximité. Il y aura aussi des commerces autour de la halle. Nous avons des discussions avec la mairie d’Ivry-sur-Seine pour étendre l’activité de la halle au-delà du périphérique et y rajouter des logements pour les créateurs de ces start-up.

– Quid de leur financement ?
– Les études montrent que la France est un des pays où le financement marche le mieux. Vous pensez que si demain j’invente un autre Google, j’aurai un problème de financement ? Jamais ! Je suis français et réputé pour être l’investisseur dans les start-up le plus actif au monde. Leur financement est un faux problème.

– Malgré la situation économique en France ?
– La petite musique qu’on entend c’est : « la France c’est mort, Paris c’est fini… » Mais regardez cette semaine. On a la Fondation Louis Vuiton, l’expo Picasso, la halle Freyssinet… Je connais peu de pays où il se passe tant de choses la même semaine. On dit « la France est en crise ». Ça fait trente ans que j’ai une vie professionnelle, ça fait trente ans que la France est en crise… Mais qu’est-ce que je vois en réalité ? Des gens capables de créer des entreprises de niveau mondial et, quand je vois un énorme succès aux Etats-Unis, il y a toujours un Français derrière.

– La France est donc toujours un paradis ?
– Je l’ai dit il y a un an. Depuis j’ai des petits camarades qui ne s’en remettent pas. Je le pense toujours. Et ça n’a pas changé, ça s’est même plutôt amélioré entre-temps. La France est un pays où les choses vont plutôt bien, c’est un pays fantastique pour créer sa boîte. Il y a du chômage en France, c’est vrai, mais ce ne sont pas les anciennes économies, les anciennes industries qui vont régler ce problème, c’est notre capacité à créer de nouvelles entreprises. Jusqu’à présent, on ne s’est pas très bien débrouillé. On va s’améliorer. Regardez le CAC 40 : il n’y a qu’une entreprise de moins de 30 ans, Gemalto. Dans les pays dynamiques, c’est plus de 50 %. Il faut qu’on crée ces sociétés de demain. La société civile peut le faire, elle en a les moyens, elle n’a pas d’engagement politique, n’a pas d’élections, travaille sur son argent, et, en général, ce sont souvent des entrepreneurs qui savent donner du temps.

– Des élèves de première année de votre école 42 ont déjà été débauchés…
– C’est vrai, quelques dizaines. Tant mieux ! Ça veut dire qu’au bout d’un an, ces personnes avaient un niveau que certaines entreprises ont jugé correspondant à celui de diplômés ayant fait trois ou cinq ans d’études supérieures ailleurs. Je ne vois pas plus beau compliment. C’est une école basée sur de bons critères : pas l’argent ou l’éducation, mais sur les capacités. On a 70.000 jeunes qui veulent venir et on en prend mille, sur de bons critères. On a une très belle histoire d’une fille qui touchait le RSA en arrivant il y a un an. Et la deuxième école américaine spécialisée en informatique, Berkeley, a repéré cette fille. Ils lui ont dit « viens, on te paie ta scolarité, on t’obtient ton visa, on fait tout le nécessaire ». Pour elle, c’est une très belle histoire. On en a des dizaines comme ça. On a fait notre boulot : aider les jeunes à trouver un job. En informatique, on ne juge pas le diplôme mais le savoir-faire.

– Que pensez-vous de l’image des patrons ?
– Les Français aiment leur patron, mais pas le patronat. En France, il y a un capitalisme un peu consanguin. On a fait les mêmes écoles, etc. Cela laisse penser qu’un certain nombre de gens sont exclus. Quand vous prenez des gens sans emplois aux Etats-Unis, ils disent je vais retrouver un job, créer ma société… En France, ils se disent : je suis mauvais, je ne vais pas m’en sortir. L’idée, c’est de faire émerger des jeunes qui réussissent et qui deviennent des exemples. Créer une nouvelle exemplarité qui fasse boule de neige.

– Pas facile, disent certains patrons, avec le Code du travail…
– Faux. Ça coûte moins cher d’embaucher un ingénieur en France qu’aux Etats-Unis, toutes charges incluses, parce que le salaire américain est bien plus élevé. Quand vous licenciez, ça ne coûte pas plus cher qu’aux Etats-Unis. Après, qu’on ait un Code du travail un peu complexe, c’est vrai. Il faut simplifier certaines choses. Il ne s’agit pas de détricoter le droit du travail mais de leur rendre accessible et compréhensible à l’entreprise.

Propos recueillis pour Le Parisien par Olivier Baccuzat et Daniel Rosenweg, www.leparisien.fr/economie/xavier-niel-la-france-morte-il-y-a-peu-de-pays-ou-il-se-passe-tant-de-choses-23-10-2014-4235401.php

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